Ce que le terrain d’Athis-Mons nous apprend sur la ville sportive de demain, et pourquoi la réponse commence par l’observation, et non pas par la construction. 

Nous avons longtemps pensé la ville sportive comme un plan d’équipements : un gymnase ici, un terrain par-là et un club pour les faire vivre. Ce modèle n’a pas disparu, mais il n’est plus le seul. Courir dans l’espace public, s’approprier un parc le temps d’une séance, pratiquer une nouvelle discipline de raquette, chercher de la souplesse dans les horaires : les usages débordent désormais des cadres pour lesquels la ville avait été conçue.  

Ce changement n’a rien de marginal. Selon l’Institut Paris Region, près de 70 % des Franciliens pratiquent une activité physique au moins une fois par semaine – randonnée, natation, course… Mais derrière ce chiffre stable, ce sont les manières de pratiquer qui se transforment. De nouvelles disciplines comme le padel structurent de véritables filières, portées par des acteurs privés qui collaborent de plus en plus avec les collectivités – jusqu’à l’organisation d’événement de masse comme les courses urbaines.  

Pour les collectivités, la nouvelle est à double tranchant. Ces pratiques libres réclament moins de béton, mais elles bousculent des équipements pensés pour des disciplines codifiées, des créneaux, des clubs. Le tennis en donne la mesure : la France compte encore près de 8000 clubs et 1,2 millions de licenciés, dont 800 clubs et 5000 terrains en Île-de-France. Mais les attentes se déplacent – vers d’autres disciplines de raquette, vers des publics plus féminins et plus familiaux. La question n’est alors plus seulement de savoir où construire, mais comment faire évoluer ce qui existe déjà.  

Tester, plutôt qu’imaginer

La commune d’Athis-Mons fait partie de la deuxième promotion des Quartiers Métropolitains d’Innovation (QMI), le programme porté par la Métropole du Grand Paris  et opéré par Paris&Co. Ce dispositif repose sur le constat suivant : face à l’évolution des usages et aux transformations des territoires, il est primordial d’expérimenter dès aujourd’hui des solutions concrètes pour adapter nos villes aux attentes et aux enjeux de demain. Six projets ont été retenus ; donc trois était centrés sur la thématique du sport.  

Dans ce dispositif, Paris&Co n’apporte pas de réponses toutes faites. Sa posture d’intermédiaire de confiance neutre permet une collaboration efficace entre les collectivités, les entrepreneurs et les habitants : cadrer le besoin, sécuriser le test et générer des apprentissages pour l’ensemble des parties prenantes, quels que soient les résultats de l’expérimentation. Deux des six projets n’ont pas dépassé le stade de la faisabilité, faute de ressources financières ou parce que la situation sur le terrain avait évolué. Dans la logique du programme, ce n’est pas un échec, mais un enseignement obtenu avant tout investissement.  

Prenons SAU VRIDERS : Un casque de VR, un vélo, et un univers imaginaire virtuel, de quoi remettre en mouvement ceux qui n’y pensent plus, quand près de quatre sédentaires sur dix ne pratiquent aucun sport. Confrontée au terrain, la solution a toutefois révélé un premier défi : la complexité de son paramétrage avant sa prise en main par les usagers, un frein à lever avant d’envisager un changement d’échelle. Le porteur de projet repart ainsi avec des enseignements concrets pour améliorer sa solution et en faciliter le déploiement. 
 
Car c’est précisément tout l’intérêt de l’expérimentation : s’appuyer sur l’expérience terrain pour vérifier la cohérence entre un besoin identifié et la solution proposée.  

Des salles saturées et vides à la fois 

Brio Studios s’attaque à un autre paradoxe : celui des équipements à la fois saturés à certains moments et sous-utilisés à d’autres. Une part importante des créneaux disponibles reste inutilisée. L’idée : mettre en relation des locaux d’entreprise inoccupés avec des particuliers ou des coachs en quête d’un lieu pour s’entraîner. Là encore, le terrain a rappelé une réalité qu’aucun tableau de bord ne laisse voir : à Athis-Mons, les salles municipales sont déjà largement mobilisées par les activités associatives. Un espace « libre » sur le papier ne l’est pas toujours dans son fonctionnement quotidien, et l’ouvrir à d’autres publics nécessite des moyens humains supplémentaires pas toujours disponibles.  

TennisPark, de son côté, cherche à démocratiser l’accès aux différents sports de raquette en permettant au plus grand nombre de tester ces derniers. Sa réponse : plutôt que de dédier un équipement à chaque discipline, faire cohabiter plusieurs pratiques sur un même terrain. Grâce à un jeu de couleurs inspiré des codes de circulation rouge, orange, vert, les différents usages deviennent plus lisibles et le terrain plus ludique. Une approche qui interroge aussi la manière dont les collectivités peuvent mieux exploiter leurs équipements existants, dans un contexte où le foncier, les budgets et le temps des encadrants sont contraints. 

Le sport ne rapporte pas ?  

Athis-Mons n’a pas attendu le programme pour se mettre en mouvement. La commune a multiplié les agrès de street workout en plein air : un choix d’accessibilité, mais pas seulement. Dans certains quartiers, le maire y a vu un levier pour réinvestir l’espace public et faire reculer la délinquance. Elle a aussi tracé des parcours santé dans les espaces naturels, très avantageux les jours de forte chaleur.  

Derrière chaque décision, une même contrainte financière. À Athis-Mons, le constat est que le sport rapporte peu à la collectivité, et que rénover un parc de gymnases vieillissant coûte cher. C’est peut-être là que le QMI aura le plus évoluer les choses – moins dans les équipements que dans les façons de faire. Défendre l’intérêt général, a-t-on retenu à Athis-Mons, n’impose plus de tout porter en régie : le programme a appris à la ville à travailler avec des partenaires privés et intercommunaux sans renoncer à ce qu’elle défend.  

Si Paris&Co accompagne ces sujets avec autant d’aisance n’est pas un hasard. L’agence connaît très bien le monde des startups sport et les aide à faire évoluer leur modèle économique : longtemps tourné vers le seul grand public, le sport innovant s’adresse désormais autant aux entreprises, aux collectivités et aux acteurs parapublics. La conviction reste la même d’un projet à l’autre : une innovation sportive se juge au contact des pratiquants, et l’intérêt privé n’est pas l’adversaire de l’intérêt public, à condition d’en poser le cadre.  

Pratiquer dans une ville plus chaude.

À ces évolutions s’ajoute celle du climat. Les territoires anticipent déjà une dizaine à une vingtaine de jours par an où pratiquer en extérieur deviendra difficile. La question ne sera plus seulement de savoir où faire du sport, mais quand, et dans quelles conditions. D’où l’intérêt pour les espaces naturels, pour des lieux préservés de la chaleur, et surtout pour un meilleur usage de l’existant – un enjeu d’autant plus vif que le foncier francilien est rare et coûteux. D’autres territoires ouvrent la voie : Le Havre, Plaine Commune ou encore Bordeaux.  

En toile de fond, il y a l’après-2024. La Métropole du Grand Paris, qui ne dispose pas de foncier en propre, s’est employée à ce que les communes autour de la capitale bénéficient elles aussi de l’élan des Jeux Olympiques, notamment via l’appel à manifestation d’intérêt « Vivez les Jeux de Paris 2024 dans votre commune ! » L’héritage se lit autant dans le social que dans les infrastructures : à Saint-Denis, où l’apprentissage de la natation demeure un enjeu réel, le Centre Aquatique Olympique, qui a récemment accueilli les Championnats d’Europe de natation, a triplé sa capacité d’accueil. Et la baignade réapparaît dans le paysage métropolitain, plusieurs sites ayant rouvert, dont un récemment à Neuilly-sur-Marne. Reste la question du cadre : comment inscrire durablement ces usages dans la programmation urbaine ? Le QMI n’est que la première étape.

Et le sport n’était qu’une porte d’entrée. Dans la même promotion, trois autres projets ont exploré des besoins bien éloignés de ce monde mais qui sont tout aussi importants : Datus valorise les noyaux de dattes en substitut de café, Keyros aide les collectivités à préparer plus vite des exercices de gestion de crise (sanitaires, environnementales, médiatiques, …), et Yourban analyse les requêtes des habitants pour mieux cerner leurs attentes en matière de service et de produits désirés sur le territoire. Trois sujets sans rapport apparent, une même méthode : partir d’un besoin réel et le confronter au terrain.  

Rendez-vous à la prochaine Rencontre de la Communauté des Expérimentateurs 

On se retrouve le 24 septembre prochain à Sucy-en-Brie pour la prochaine Rencontre. Pour y participer ou en savoir plus sur le programme QMI et ses expérimentations, cliquez ici :  https://www.eventbrite.com/e/1996435636732?aff=oddtdtcreator 

 

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