L’entrepreneuriat féminin est souvent présenté comme une richesse encore largement inexploitée, un potentiel capable de faire bouger les lignes de la croissance et de l’innovation. En France, si l’on observe le paysage entrepreneurial, on remarque que les femmes restent encore peu nombreuses à se lancer dans l’aventure : à peine plus de 3 % des femmes en âge de travailler choisissent cette voie, un taux nettement plus bas que dans des pays voisins comme le Canada ou les États-Unis, où elles sont deux à trois fois plus nombreuses à oser créer leur entreprise.1

Pourtant, malgré ces freins, la dynamique est en marche. Il y a une vingtaine d’années, les femmes représentaient à peine un quart des créateurs d’entreprise en France. Aujourd’hui, elles sont proches d’un tiers. Et dans les formes d’entrepreneuriat les plus spontanées, comme les entreprises individuelles, leur présence est devenue significative : presque quatre nouvelles entreprises sur dix sont aujourd’hui fondées par des femmes.2

Ce glissement progressif traduit un changement profond : les femmes investissent de plus en plus l’espace entrepreneurial avec des ambitions claires et des projets solides. Elles apportent souvent une approche innovante, plus ancrée dans les réalités locales, plus attentive aux enjeux de durabilité, et plus transverse dans leurs modèles économiques. Elles redéfinissent ainsi ce que peut être l’entrepreneuriat, ouvrant la voie à une nouvelle façon de créer et d’innover.

Elles n’investissent pas toujours les mêmes secteurs, ne mobilisent pas les mêmes réseaux, mais elles bâtissent, avec méthode et imagination, des structures durables, porteuses de sens. C’est dans cette dynamique que s’inscrivent des projets comme Meet My Mama, Les Décodeuses ou Bande de Cheffes, tous accompagnés par Paris&Co, et portés par des femmes qui transforment l’économie à leur manière.

Meet My Mama3 : quand la cuisine devient levier économique et culturel 

Meet My Mama est né autour d’une idée simple : et si les talents culinaires de femmes immigrées ou réfugiées pouvaient être reconnus comme une véritable expertise, un levier professionnel à part entière ? Depuis 2017, l’entreprise construit un modèle à la fois économique et solidaire : un service traiteur multiculturel, une école de formation professionnelle (Mama’s Academy) et une activité de conseil en alimentation durable. Grâce à l’accompagnement de Paris&Co, Meet My Mama s’est développé rapidement, avec aujourd’hui plus de 200 femmes formées, des clients comme Google ou Louis Vuitton, et une levée de fonds de 5 millions d’euros. Ce projet rappelle qu’il existe d’autres trajectoires d’entrepreneuriat, souvent fondées
sur la transmission, la passion, la qualité, et portées par une ambition réelle, stratégique.

Les Décodeuses : ouvrir le numérique à d’autres talents 

Dans un tout autre domaine, Les Décodeuses déploient depuis 2017 une démarche similaire, cette fois dans le numérique. Formations gratuites en programmation, cybersécurité ou cloud computing, accompagnement socio-professionnel individualisé, lien direct avec les employeurs : ici aussi, il s’agit de proposer une porte d’entrée vers un secteur en tension, en valorisant des talents trop souvent écartés des circuits classiques. En partenariat avec Microsoft et d’autres grandes entreprises, l’école a déjà formé plus de 1 200 femmes issues de quartiers populaires, prouvant que l’inclusion peut aussi répondre à des besoins économiques concrets. Les Décodeuses illustrent comment un accompagnement structuré, combinant compétences techniques et appui humain, permet à des profils variés d’entrer pleinement dans les filières d’avenir.

Bande de Cheffes : une vision engagée de la gastronomie 

C’est autour des fourneaux que se joue, pour certaines, une nouvelle vie. Depuis sa création en 2021, Bande de Cheffes fait de la cuisine un véritable tremplin vers l’autonomie pour des femmes exilées aux parcours migratoires souvent complexes. L’entreprise, structurée sous le statut ESUS (Entreprise solidaire d’utilité sociale), emploie aujourd’hui une dizaine de femmes migrantes, réunies autour d’un projet aussi exigeant qu’engagé : proposer une restauration de qualité, bio, locale et de saison. Un week-end sur deux, elles investissent les cuisines du Théâtre National Chaillot de la Danse dans le seizième arrondissement de Paris, où elles organisent des brunchs qui font salle comble. En parallèle, l’activité traiteur séduit de plus en plus d’événements privés, attirés par l’alliance d’une exigence gastronomique et d’une démarche profondément sociale. Plus qu’une entreprise de restauration, Bande de Cheffes est un projet de société. Ici, l’expertise culinaire devient une passerelle vers la vie professionnelle, l’indépendance, la reconnaissance

Bande de Cheffes : une vision engagée de la gastronomie 

Ces projets ont en commun de conjuguer l’entrepreneuriat avec d’autres dimensions : l’impact social, la montée en compétences, la diversité des parcours. Ils témoignent aussi de la nécessité d’un accompagnement adapté : Paris&Co, en apportant outils, réseau et visibilité, joue ici un rôle de catalyseur en révélant leur potentiel économique et stratégique, souvent invisibilisé. Les enquêtes montrent que, pour beaucoup de femmes, entreprendre ne se limite pas à créer une activité rentable : il s’agit aussi de construire un projet cohérent avec leur parcours, leurs aspirations et leurs contraintes. L’ambition économique est bien présente, mais elle

s’accompagne souvent d’une attention particulière à la viabilité du modèle, à la qualité des relations de travail, ou encore à l’articulation entre sphère professionnelle et personnelle.6 À travers des initiatives comme celles portées par Meet My Mama, Les Décodeuses ou Bande de Cheffes, on comprend que l’entrepreneuriat féminin n’est pas une catégorie à part, mais bien une façon d’interroger et de renouveler le modèle entrepreneurial dominant. Il s’agit alors de penser une économie plus ouverte, plus représentative, plus inventive. Et si ces projets nous montrent une chose, c’est qu’ils ne relèvent pas de l’exception. Ils dessinent déjà l’un des visages possibles de l’innovation en France. Un visage multiple, exigeant, résilient. Et profondément actuel.

Bibliographie :  

Andria, A., & Gabarret, I. (2016). Femmes et entrepreneurs : Trente ans de recherches en motivations entrepreneuriales féminines. Revue de l’entrepreneuriat, 15(3–4), 107–138.

Direction générale des Entreprises (DGE), & Bpifrance. (2025, mars 7). Baromètre de l’entrepreneuriat féminin [Rapport]. Plan interministériel « Toutes et tous égaux 2027 ».

Global Entrepreneurship Monitor. (2018). Global report 2017/2018.

https://www.gemconsortium.org/report/gem-2017-2018-global-report

INSEE. (2019, janvier 29). Quatre créateurs d’entreprises individuelles sur dix sont des femmes (Insee Première, n° 1734). https://www.insee.fr/fr/statistiques/3864040

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