Manger, bouger et… dormir, le troisième enjeu phare de santé publique

Le Programme National Nutrition Santé, plus connu grâce au slogan « manger, bouger », suscite depuis plusieurs années de nombreuses controverses. Outre la remise en cause de certaines préconisations par les professionnels du secteur médical, c’est également l’absence d’un des piliers phare de la santé qui est décrié, une composante essentielle au bien-être de l’individu : le sommeil. Même s’il est parfaitement établi qu’il est crucial pour de nombreuses fonctions biologiques de notre corps, il n’en reste pas moins mystérieux, notamment pour le grand public.

En effet, cette méconnaissance se trouve être en partie responsable de la mauvaise qualité du sommeil des Français. Selon une étude de l’INSV / MGEN menée en 2021, 26% de la population se plaint de manquer de sommeil et jusqu’à 45% déclare avoir souffert de troubles du sommeil durant les dernières périodes de confinements[1]. Pour le Docteur Marc Rey, neurologue et président de l’Institut National du Sommeil et de la Vigilance « la pandémie de Covid-19 est venue bouleverser nos habitudes de vie et ainsi le sommeil des individus, faisant significativement croître les troubles du sommeil et, par corrélation, les troubles de santé mentale. Il est donc évident que le sommeil n’est pas une variable d’ajustement, il est aussi important que l’activité physique et l’alimentation pour favoriser un niveau de santé correct. Malheureusement, le grand public n’est que trop peu sensibilisé à ces enjeux. C’est avant tout aux pouvoirs publics d’informer convenablement la population sur l’importance de bien dormir. En effet, le rythme du sommeil s’associe à l’ensemble des autres rythmes biologiques tout au long de la journée. Il impose une régularité par rapport aux heures de coucher et de lever afin de favoriser une sensation de bien-être au quotidien. Néanmoins, cette régularité n’est que très rarement respectée, notamment après les bouleversements liés à la pandémie. Une notion qui est d’autant plus capitale chez les enfants afin de favoriser l’apprentissage de ces rythmes biologiques. »

Outre le manque de connaissance sur l’importance des rythmes, se sont les habitudes de vie des individus qui sont problématiques, notamment vis-à-vis des écrans. « Il y a un réel problème avec l’invasion des écrans dans la chambre à coucher. La lumière bleue émise par les smartphones et autres ordinateurs vient bloquer la sécrétion de mélatonine qui favorise l’endormissement. Mais ils sont également facteurs de stress et d’hyperstimulation polysensorielle, retardant ainsi toujours plus l’état de sommeil. Néanmoins, malgré la connaissance générale sur le fait que les écrans sont clairement délétères pour le sommeil, cela n’empêche pas de constater une croissance progressive de l’emploi des écrans le soir. » Souligne le Dr. Rey.

Face à ces réelles problématiques de santé, de nombreuses entreprises tentent d’apporter des solutions tangibles, si bien qu’en quelques années, une réelle industrie de l’aide au sommeil a vu le jour. Selon Global Market Insights, le marché de la sleep tech pesait plus de 15 milliards de dollars en 2021 et pourrait connaitre une croissance de 18% par an d’ici 2030[2]. Entre appareils connectés pour la maison, solutions de tracking et exercices personnalisés à intégrer dans son quotidien, voici quelques-unes de ces solutions innovantes.

marché de la sleep tech

Avant de se lancer dans la découverte des startups qui innovent au sein de la sleep tech, il convient de rappeler qu’il existe de nombreuses méthodes naturelles qui favorisent un sommeil de qualité. Ce dernier est soumis à un rythme circadien (rythme biologique de 24h) qui varie selon les individus. Il convient donc de respecter des heures de coucher et surtout de lever qui doivent être constantes. Cela permet de conserver un effet synchroniseur sur le cycle veille-sommeil. Se lever tard le matin ne fera que retarder l’heure du coucher de la nuit suivante et qu’empiéter sur les heures de sommeil de la nuit à venir. Favoriser une bonne hygiène de vie (alimentation saine et équilibrée, activité physique régulière, réduire le temps passé devant les écrans…) est assurément l’un des facteurs majeurs à prendre en compte pour favoriser le sommeil. Néanmoins, il est conseillé de maintenir des horaires de repas constantes et d’éviter les dîners avant de se coucher, tout comme pour l’activité physique qui peut, de son côté, augmenter la température du corps et provoquer une excitation tant physique que psychologique, incompatible avec un sommeil récupérateur. A l’inverse, il est indiqué de consommer des boissons à base de plantes telles que la passiflore ou la valériane et privilégier des activités douces comme la marche ou la méditation[3]. En outre, rencontrer des troubles du sommeil peut être réellement handicapant au quotidien. Dans ces cas-là, il convient d’en parler à un professionnel de la santé si le phénomène devient régulier. Certaines solutions permettent de rentrer directement en relation avec des professionnels de santé, spécialistes du sommeil, comme Dreem ou encore Big Health et Qare.

 

En plus de ces habitudes de vie à ancrer dans son quotidien, la technologie peut également être un soutien efficace pour entretenir son sommeil. Commençons par le meilleur ami du sommeil : le lit. En effet, de nombreuses startups proposent aujourd’hui différents dispositifs permettant d’adapter réellement sa literie par rapport à ses besoins physiologiques. Tediber ou encore Purple s’appuient notamment sur la technologie pour mettre au point des matelas toujours plus confortables mais d’autres vont encore plus loin. Le dispositif Pod 3 de Eight Sleep réunit tous les capteurs du sommeil dans un seul matelas connecté. Ce dernier permet de réguler la température ambiante d’une part et d’autre du lit et s’adapte automatiquement à la position de l’utilisateur. Il analyse également les différents cycles du sommeil en surveillant les mouvements et les variations de fréquences cardiaques et respiratoires. Enfin, il favorise le réveil grâce à un système de vibration et un changement de température progressif.

Ces matelas connectés ont néanmoins un prix, il faut compter plus de 2 000 € pour se procurer le petit dernier de chez Eight Sleep. Pour prendre soin de son sommeil, sans pour autant investir dans de la literie connectée, d’autre solutions plus accessibles existent. Moona propose par exemple une mini pompe à chaleur à disposer sur sa table de nuit. Celle-ci est reliée à une taie compatible avec tous les oreillers, permettant ainsi de réguler sa température. Alimenté avec de l’eau, ce dispositif permet de personnaliser la température du lit en fonction des préférences de chacun. De plus, l’application mobile permet d’établir au fil des nuits le profil utilisateur et ainsi soumettre des conseils et habitudes pour mieux dormir au quotidien.

D’autres solutions vont plus loin dans l’analyse en proposant de mesurer des données toujours plus précises sur le sommeil. Beddit et son moniteur connecté, à placer sur le matelas, vous offre un rapport complet de vos nuits afin de disposer de toutes les informations nécessaires pour améliorer votre sommeil. En détectant les différents cycles du sommeil, l’application pourra à son tour vous indiquer les moments précis où votre sommeil fut réparateur ou, au contraire, les périodes où il s’est retrouvé perturbé. En regroupant ces données, la solution établie alors une note globale sur l’état de votre sommeil. En fonction de cet indicateur, vous pourrez alors vous voir proposer différents conseils et exercices pour vous aider à entretenir et améliorer vos nuits. D’autres solutions similaires existent comme Nyx ou encore Dreaminzzz mais s’appuient quant à elles sur des masques connectés pour mesurer ces données.

Outre le confort de votre lit, l’ambiance et plus précisément les sons environnants ont un impact non négligeable sur votre sommeil. Les écouteurs de Kokoon permettent de masquer efficacement les perturbations sonores mais pas seulement. Des capteurs qui détectent votre degré d’endormissement permettent d’estomper automatiquement le son qui vous entoure. Une fois endormi, l’outil analyse aussi votre sommeil et s’adapte pour les prochaines nuits. A première vue, cela peut semblait contre intuitif, mais la lumière peut également être un allié précieux pour s’endormir. La startup française Dodow l’a bien compris. En s’appuyant sur de nombreuses études sur l’importance de la respiration et sur la cohérence cardiaque, ils ont développé une veilleuse intelligente. Une fois activé, l’appareil projette une lumière bleue au plafond sur laquelle synchroniser sa respiration (inspirer lorsqu’elle s’étend, expirer quand elle se rétracte). Un exercice simple mais efficace notamment face à l’insomnie, afin de faire le vide et retrouver des conditions idéales pour s’endormir.

La sleep tech n’est pas seulement dévouée à l’accompagnement du sommeil. En effet, d’autres solutions tentent d’apporter de réelles réponses à certaines pathologies. L’une des plus répandue, « l’apnée du sommeil, qu’elle soit modérée ou sévère, toucherait entre 15% et 20% de la population et plus de 30% des plus de 65 ans »[4]. Également appelée syndrome d’apnées-hypopnées obstructives du sommeil, ce syndrome se manifeste par des interruptions répétées et incontrôlées de la respiration pendant le sommeil. Elles entrainent des micro-réveils incessants dont le patient n’a pas conscience. Il en résulte des somnolences diurnes, des difficultés de concentration ou de mémoire et dans les cas les plus graves, des complications cardiovasculaires, sources de surmortalité[5]. Face à ce constat, certaines startups innovent afin de faciliter le diagnostic et le dépistage. Nukute, qui signifie sobrement « dormir » en finnois, a mis au point un dispositif sans fil à placer autour du cou, afin d’analyser des bio signaux tels que la respiration, la saturation en oxygène du sang, la fréquence cardiaque et la position de sommeil. Les résultats sont ensuite hébergés dans le cloud et présentés à votre médecin, qui pourra valider le diagnostic via une interface utilisateur en ligne. En ce qui concerne le traitement, on retrouve des solutions telles que Genio, un neurostimulateur sans pile et sans fil qui permet de stimuler le nerf hypoglosse afin de maintenir les voies respiratoires supérieures ouvertes pendant le sommeil, permettant ainsi de profiter à nouveau de nuits reposantes.

Le sommeil ne se construit pas seulement à l’étape du coucher, il se prépare également tout au long de la journée. Parmi les outils les plus répandus pour bien préparer une nuit on retrouve les accessoires connectés. Les montres Withings, par exemple, permettent d’analyser une multitude de données en temps réel. En plus du suivi du rythme du sommeil, elle s’adapte aux différents types d’activités et donnent aussi la possibilité de suivre la fréquence cardiaque, la respiration et le taux d’oxygène dans le sang et ce à tout moment de la journée. Sur la même tendance, on retrouve aussi les bracelets connectés de chez Whoop qui parlent aussi bien aux grands sportifs qu’aux personnes qui souhaitent simplement avoir un suivi de santé quotidien. Nous pouvons également citer les bagues de chez Oura qui mesurent plusieurs données sous trois grandes catégories : le sommeil, les activités et la préparation. Ce dernier axe prend en compte plus de 20 signaux corporels différents permettant de vous indiquer dans quelle mesure vous êtes prêts pour la journée à venir. De véritables accessoires hybrides du quotidien pour suivre et améliorer sa santé et par la même occasion son sommeil.

Pour autant, ces objets connectés ne sont pas les seuls outils à disposition pour trouver le sommeil. Il est parfois tout aussi efficace de se tourner vers des techniques plus traditionnelles telles que des exercices de médiation ou de respiration. La recherche montre que la méditation peut réduire la pression artérielle et améliorer la variabilité de la fréquence cardiaque. Elle présente également une corrélation avec la production accrue de mélatonine, l’hormone qui favorise le sommeil[6]. Il existe de nombreuses applications qui vous proposent de vous initier à la méditation grâce à une multitude d’exercices à adapter en fonction des objectifs de chacun. Parmi elles, on retrouve les plus connues telles que CalmMeditopia ou encore Petit Bambou mais aussi d’autres, comme Moshi, qui s’adressent plus précisément aux enfants. La startup propose des histoires audios originales qui stimulent l’imagination de l’enfant afin de l’aider à dormir plus facilement. La solution permettrait de diminuer de 50% les réveils nocturnes. Également utilisé en classe, 93 % des enseignants ont déclaré qu’elle aidait à améliorer la concentration après la sieste[7]. Ainsi, quel que soit l’âge, de simples exercices quotidiens peuvent aider à favoriser le sommeil.

Ces très nombreuses solutions mises à disposition des utilisateurs nous démontrent que l’innovation, tant dans le secteur du sommeil que dans celui de la santé et du bien-être, s’oriente de plus en plus vers des solutions plus préventives, prédictives, personnalisées ou éducatives. Selon le Dr. Marc Rey, « à l’image de l’environnement, qui est devenu l’un des thèmes majeurs il y a quelques années, la prévention de la santé mentale et physique des individus gagne également en pertinence depuis quelques temps auprès des pouvoirs publics. Mais avant même de développer de nouvelles technologies et autres appareils connectés, il convient de résoudre les problèmes sociaux. Le sommeil est une activité collective dans le sens où la société nous impose quand aller dormir. L’augmentation du nombre de travailleurs à horaires décalés, la luminosité et la nuisance sonore dans les villes, l’insalubrité des immeubles… tant de facteurs qui affectent le sommeil des individus. Ainsi, les changements à opérer dans la ville doivent tenir compte de l’importance du sommeil de tous les citoyens. C’est avant tout sur cet enjeu que l’innovation doit s’attarder. »


[1] Bien dormir pour mieux faire face, groupe MGEN et l’INSV, 2021

[2] Sleep Tech Devices Market Size, Global Marlet Insights, 2021

[3] L’hygiène du sommeil, CHUV – Centre d’investigation et de recherche du sommeil

[4] Marie-Pia d’Ortho, Cheffe du service des explorations fonctionnelles multidisciplinaires à l’hôpital Bichat, Congrès du sommeil de Lille, 2021

[5] Apnée du sommeil, Une source de fatigue, mais aussi de maladies cardiovasculaires, Inserm, 2015

[6] Acute increases in night-time plasma melatonin levels following a period of meditation, Biological Psychology, 2000

[7] Etude portant sur 108 enseignants utilisant le produit, Moshi Kids, 2021

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